Le premier ministre était attendu dans l’émission de rentrée « Des paroles et des actes » sur France 2. Nous avons épluché ses gestes, attitudes et expressions, en complément de nos observations des derniers mois. Le premier ministre est souvent dépeint comme un froid germaniste (il a été professeur de la langue de Goethe), un austère qui ne se marre que peu, un rigide corporel. Ce mauvais procès n’est pas sans fondement pour le néophyte, mais à l’observer de plus près, le Nantais est surtout un émotionnel auto-réprimé.

Ayrault l’a dit sur France 2, prendre la parole politique est une « épreuve sur moi-même, d’autres n’ont pas de complexes à se mettre en scène ». CQFD.

 

Ce Ayrault au regard si doux

Et si tout le personnage Ayrault, au regard si doux, comme aurait pu dire Victor Hugo, tenait dans une division ? Pas celle de ses troupes socialistes. Ni celles de l’école élémentaire puisqu’il enseigna les langues étrangères. Mais celle de son visage. En effet, lorsqu’on coupe le visage du premier ministre dans le sens de la longueur (et non pas de la langueur, diraient ses détracteurs), il nous apparaît clairement que le visage social (son hémivisage droit) est plus rigide, voire quasi imperturbable, que son visage intime (la partie gauche qui renvoie à l’intériorité) plus animé, plus mobile.

Le sourcil gauche est souvent levé dans la prise de parole, indiquant là un certain recul, de la pudeur, de la réserve, le fait de ne pas se mettre en avant, parfois le doute. Le sourire est également souvent unilatéral, côté gauche, marquant la distanciation nécessaire sur les êtres et les événements, le bras gauche, enfin, mû par l’envie d’être spontané (le côté gauche du corps est animé par le cerveau droit de l’affect) esquisse des soubresauts et ne décolle que rarement, pendant que la main droite (gérée par le cerveau gauche : analyse, rigueur, contrôle) s’affaire à expliquer, convaincre, argumenter.

La ride de gauche entre les deux yeux est davantage marquée, de même que la paupière gauche est plus tombante, deux marques qui finissent de signer un tempérament émotionnel.

 

Des paroles et des gestes manqués

La main droite lorsqu'il s'exprime est bien plus présente que la main gauche chez Ayrault, il exerce davantage de contrôle qu’il n'est dans la spontanéité. Les deux mains sont rarement participatives ensemble sauf pour des gestes prétextes, par exemple, les deux mains s’élèvent subrepticement pour inviter à se rassembler comme animées par un malicieux marionnettiste. Les deux mains travaillant ensemble et à hauteur de la poitrine sont la signature des bons communicants.  Ce qui est intéressant et distinctif, c’est son alternance entre la main droite et la main gauche ; cette dernière montre clairement chez l’émotionnel les sujets dans lesquels il est intimement investi et ceux dans lesquels il est davantage dans une logique argumentative (portés sur la main droite). Au fil de l'eau, les logiques préférentielles du premier ministre s'affichent.

 

Peut-il sortir de ses gonds ?

Ses colères se font systématiquement sur l’impulse de la main gauche, on n’est donc pas face aux tornades d'un vrai colérique mais plutôt face à celles d'un homme qui se laisse emporter quand on touche à ses valeurs.

Les gestes du premier ministre sont saccadés, comme des gestes manqués, ils dénotent le fait qu’il n’est pas à l’aise avec son corps. Son poing droit fermé part souvent de haut pour marteler. Le pouce, marque de l’ego, est souvent dissocié, encore une fois, le signe qu’une part de lui n’est pas au naturel dans l’exercice de l’autorité. Faut-il y voir de l’énergie ? Le souci chez l’hôte de Matignon c’est qu’il semble davantage dans la représentation qu’il se fait d’un individu énergique que dans l’énergie elle-même.

Mais quand Ayrault s'agace, il tire une belle langue de vipère à Lenglet qui l'asticote sur le pouvoir d'achat des Français, après s’être fermé l’œil gauche parce qu’il ne veut pas voir cela, le sujet le préoccupant sans doute plus qu’il ne le dit. Si seul son honneur politique était en cause, c'est l'oeil droit qui aurait peut-être été l'objet d'une fermeture symbolique.

Nous retenons de ces analyses de la communication non verbale que Jean-Marc Ayrault s’accommode mal des efforts de (sur)représentation que nécessite l’exercice du pouvoir. Mais avancer que le premier ministre n’est pas un émotionnel est une assertion contre laquelle nous nous inscrivons en faux. Peut-être même est-il trop émotionnel pour le poste ! En tout cas l’est-il bien plus que le président qu’il sert.

 

 
[Portrait gestuel] Jean-Marc Ayrault, le sens caché de ses gestes
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