Sport Football OM : "Il n'y a aucun mépris chez Marcelo Bielsa mais de la timidité. Il est dans son monde."

Le Figaro a soumis à Stephen Bunard plusieurs vidéos de l'entraîneur de l'OM, Marcelo Bielsa, en conférence de presse et des clichés de lui au bord du terrain. Le coach pour dirigeants, synergologue (analyste des gestes) et conférencier, a relevé plusieurs éléments de langages très révélateurs d'une personnalité complexe, voire paradoxale. Voici son analyse.

«Au bord du terrain lorsqu'il dirige son équipe, Marcelo Bielsa est un entraîneur qui utilise des gestes élevés et ses deux mains sont participatives. C'est très révélateur de l'investissement fort qu'il met dans sa fonction. On le voit plus souvent la tête relevée et les sourcils levés: il s'agit d'une attitude très participative. De ce point de vue-là il, sa communication gestuelle n'est pas bien différente de celle des autres entraîneurs de Ligue 1.

«Il ressort comme une timidité devant les médias.»

En conférence de presse, en revanche, l'attitude de l'Argentin est plus étonnante. Il ressort comme une timidité devant les médias. Cela s'observe avec sa position sur la chaise avec cette manière d'être penché sur la chaise (même s'il doit aller chercher le micro sur le côté). Il y a aussi très peu de mouvements de sourcils. C'est étonnant car «le coup de sourcil» s'apparente à un coup de stabilo lorsqu'on fait un discours afin d'appuyer une idée. Or, là, aucun argument ne se détache plus qu'un autre. On relève un troisième élément important: les yeux toujours baissés dans la même direction. Regarder l'autre, c'est leur donner de l'importance. Mais je ne crois pas qu'il s'agisse d'une forme de mépris mais plutôt de la timidité et de la réserve. Il semble dans son monde intérieur.

«Chez Bielsa, les clignements des yeux sont aussi très fréquents. Ce signe révèle une forte activité psycho-affective.»

Chez Bielsa, les clignements des yeux sont aussi très fréquents. Ce signe révèle une forte activité psycho-affective. C'est la preuve qu'il ne veut pas se couper de son auditoire comme on pourrait le croire au premier abord. Par exemple, lorsqu'il évoque l'importance de la relation avec la presse, on relève un mouvement spontané avec la main gauche. C'est le côté de la spontanéité, qu'on utilise lorsqu'on parle de quelque chose que l'on aime bien. Il n'y a aucune animosité vis-à-vis des journalistes alors que l'on peut observer ce phénomène chez d'autres entraîneurs avec des micro-démangeaisons, par exemple, ou des lèvres rentrées.

«D'autres entraîneurs dont je ne citerai pas les noms ont aussi des problèmes d'expression et ce n'est pas pour autant qu'on fait un diagnostic clinique.»

Certains média l'ont décrit comme souffrant du syndrome Asperger (troubles du développement neurologique dont les perturbations touchent la vie sociale, la compréhension et la communication, Ndlr). Mais nous vivons dans une société où le drame est de toujours vouloir mettre un nom sur quelque chose… Si cela été prouvé cliniquement, soit, mais nous sommes plutôt dans des supputations. D'autres entraîneurs dont je ne citerai pas les noms ont aussi des problèmes d'expression et ce n'est pas pour autant qu'on fait un diagnostic clinique. Evidemment, l'attitude inhabituelle et prostrée de Bielsa interpelle. Mais soulignons une fois encore que rien ne montre dans sa gestuelle qu'il ait la volonté de vouloir se couper de son interlocuteur.

Marcelo Bielsa peut-il améliorer sa communication? Tout le monde est modifiable mais encore faudrait-il qu'il trouve du plaisir à cet exercice de «coaching», une pratique très à la mode ces derniers temps. Je ne suis pas certain qu'à son âge il soit très motivé pour valider ce genre d'exercice.»

Propos recueillis par Gilles Festor, Le Figaro du vendredi 29 août 2014

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