| 19.09.2011 | 20:02

 

24 heures

LIVRE | Le compagnon de route français du dalaï-lama sort un livre intitulé 108 sourires. L’occasion de se pencher sur cette expression bien plus complexe qu’il n’y paraît

 

Par Yseut THERAULAZ

 

 

En coin, en banane, crispé, toutes dents dehors, nombreux sont les sourires que l’on retrouve dans le livre 108 sourires. Ces photographies ont été réalisées au Tibet par Matthieu Ricard, l’interprète français du dalaï-lama.

Mais au-delà de ces différents rictus liés à toute une palette d’émotions, tous les sourires peuvent être classés dans deux catégories principales. Celle du sourire émotionnel et celle du sourire social (non-émotionnel). «Le premier active les muscles orbiculaires des yeux en même temps que les zygomatiques, explique Marc Mehu, docteur en psychologie et chercheur au centre interfacultaire des sciences affectives de l’Université de Genève. Lorsque l’on sourit intentionnellement, sans nécessairement ressentir d’émotion positive, seules les lèvres se retroussent.» Impossible donc de feinter un sourire émotionnel car les muscles des yeux ne peuvent se contrôler.

La «banane» sociale en revanche, est facile à effectuer en toutes circonstances. «Sourire est le meilleur moyen de travestir une émotion», explique le Français Stephen Bunard, synergologue (spécialiste du langage non-verbal) et coach en communication. Pas étonnant dès lors que les timides, les cyniques, les angoissés et les hypocrites en usent sans modération.

Ce sourire artificiel marque un décalage entre un sentiment réellement vécu et une contrainte extérieure, sociale ou relationnelle, peut-on lire dans 108 sourires. «Lorsque l’on veut savoir si quelqu’un sourit vraiment, il faut regarder ses yeux», poursuit Stephen Bunard.

La géographie du sourire

 

Lorsqu’il est émotionnel, le sourire est aussi bénéfique pour la santé que le rire. «C’est un comportement universel qui permet d’établir un lien social positif, explique Marc Mehu. Cette connotation positive est reconnue à travers les cultures.»

Dans son livre, Matthieu Ricard parle toutefois de géographie du sourire: sur 2000 photographies trouvées sur les pages de présentation des réseaux sociaux en Europe, 55% des Anglais sourient, contre 25% des Polonais. Et les Hongroises se trouvaient en deçà de 25%. Une différence liée aux circonstances dans lesquelles une culture juge important de sourire. «Les Européens sourient un peu moins que les Tibétains, explique Matthieu Ricard. Cela est sans doute dû aux tensions et au rythme de la vie quotidienne en Occident: Les Tibétains sourient et rient de très bon cœur lorsqu’un incident arrive. Comme par exemple si quelqu’un tombe à l’eau en traversant une rivière à gué. Les Européens auraient davantage tendance à pester!» Et Marc Mehu d’ajouter: «A titre d’exemple, les Américains du Nord expriment facilement leurs émotions positives dès la première rencontre, alors que les Japonais les montrent plus difficilement.»

Effet miroir

 

Heureusement, le sourire est contagieux. Par effet miroir notamment: «L’être humain est capable de prendre l’expression de quelqu’un d’autre en un 125e de seconde, explique Stephen Bunard. Lorsque l’on rentre dans le métro, tout le monde tire la gueule. En réalité, les gens se calquent sur les expressions des autres et donc ne sourient pas!»

Fondamentalement, tout être humain aime avoir la banane: «Le sourire est impliqué dans une des émotions primaires de l’homme: la joie. On ne peut donc pas vivre sans», conclut-il.

 

108 sourires

Matthieu Ricard

Ed. de La Martinière, 39 fr. en librairie. L’intégralité des droits d’auteur seront consacrés à des projets humanitaires

 

NDLR : "24 heures" est le premier qutoidien de Suisse Romande en termes de tirage (environ 100.000 ex)

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