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Dilemme dimanche matin devant la penderie : vous avez vu Claire Chazal et Laurence Ferrari de blanc vêtues sur TF1 sans doute soucieuses de ne pas colorer politiquement leurs commentaires vespéraux. De manière moins consciente, derrière les discours de candidats qui transforment le moindre score en triomphe, que traduisent les gestes échappés lors des sempiternelles déclarations ?

Jean-Luc Mélenchon : la langue moins pendue.

Pourquoi la bande passe-t-elle au ralenti ? Le trait est tiré, le verbe reste haut. La parole est étirée, le geste est plus bas qu’ordinaire (moins investi).. La langue sort souvent, car les choses sont dites dans un contexte difficile. Non seulement le frontiste de gauche peine à prononcer le nom de François Hollande, « il faut battre Sarkozy », mais sa bouche qui était déjà inversée (les deux commissures des lèvres tirant vers le bas, il y a ici de la rigidité, une forte amertume, une émotion négative qui n’est pas contenable), sa bouche, donc, montre en plus une moue accentuée pendant la pirouette rhétorique. On entend « nous avons constitué une force politique nouvelle et nous détenons la clé du scrutin. » Mais on lit surtout la tentation de la clé des champs. Lire son portrait gestuel de campagne.

François Bayrou : sortie de paysage.

Le Béarnais se distingue par ses très peu fréquents clignements de paupières, et des sourcils qui ne montent guère, reliquats certains d’hypercontrôle d’ancien bègue. Cela traduit respectivement le sentiment qu’il n’est pas présent ici et maintenant, comme s’il était déconnecté, et que dans son propos rien ne semble saillir. Le centriste est en général sauvé de ce visage figé, par un paysage corporel plus expressif niveau mains (notamment mains en bourse, item de sincérité, voir portrait gestuel de François Bayrou). Lors de sa déclaration, sans doute déçu des résultats, le déchu en eût les bras tombés au sens littéral. Visage sans expression et bras ballants : il ne lui restait plus rien d’expressif, soit le reflet sur le moment d’une disparition symbolique. Lire son portrait gestuel de campagne.

Marine Le Pen : la danse du scalp.

La frontiste avant de parler esquissa une chorégraphie de victoire. Elle a naturellement le corps dans la spontanéité, le rythme dans la peau, même si c'est la peau d'un autre qu'elle vise en trophée. Dans un récent autoportrait à la demande du Parisien, n’est-elle d’ailleurs pas la seule des dix candidats à poser dans une dynamique artistique, comme concourant pour le casting de « The Artist 2 » ? N’est-elle pas la seule à entonner la chansonnette en réponse à certaines questions de journaliste pendant la campagne ? Et lorsqu’elle scande son discours, ce ne sont que hochements et dodelinements de tête, sourire réel accroché (versus sourire social), œil rieur, menton levé, codes de dominant et de séducteur que l’on retrouva dans la campagne et qui furent autant d’items qui lui firent marquer le pas ces derniers mois. Quelle satisfaction sans doute pour celle qui fait encore grimper le score de son parti, voulant inaugurer « la nouvelle droite », en se permettant le luxe de reprendre à son compte les idées force de ses compétiteurs :« le grand changement », « tout est possible », « les Français sont entrés en résistance ». Mais elle, les Français lui résistent de moins en moins. Lire son portrait gestuel de campagne.


Des codes gestuels vainqueur/vaincu inversés


Nicolas Sarkozy : la machine à voyager dans le temps.

Avec sa tête de meeting des meilleurs jours, le président est apparu comme le conquérant : un discours et un langage corporel de réélu, poing souvent fermé cohérent avec un discours plus musclé et offensif, moues de "faux modeste". Etait-on projetés dans le 6 mai 2012 tel que fantasmé ou reconduit en 2007 salle Gaveau face à une foule électrisée au lendemain du scrutin ? Etonnamment peu d’épaules présentes hier soir. En réalité, pas besoin de montrer qu’on était à la hauteur, qu’on voulait et qu’on savait performer, tellement Sarkozy semblait par l’efficacité de la méthode Coué en décalage avec le moment. A peine quelques sourcils droits remontant traduisaient légèrement une mise à distance du contexte réel. L’énergie était toute entière concentrée dans ce poing droit fermé et le sourire de celui qui a lu sa victoire dans le marc de café. Le corps et le verbal étaient raccord : « merci d'y avoir cru », « vous avez été formidables », « vous avez résisté », « vous le méritez ». Sans compter le formidable « tout commence » de celui qui ne se démonte jamais. Lire son portrait gestuel de campagne.

François Hollande : la victoire en chantier

… plutôt que la victoire enchanté. Car le Corrézien est un vigilant. La victoire doit paraître modeste, rien n’est joué. Beaucoup de gestes de recadrages au démarrage pour Hollande : on remet ses lunettes, on se lisse la mèche du crâne, on aborde un sourire social (forcé). Les lèvres rentrent quasi systématiquement en fin de phrase, manifestant l’inquiétude de chaque effet. La victoire bruisse, mais ne l'ébruitons point. La lèvre inférieure est mordue avant l’attaque du discours : le plaisir lui-même est sous contrôle. La tête penche à droite, Hollande renifle le stress de la victoire possible. Les bras s’élèvent sur le Front National à « regarder en face », marquant un enjeu fort sur ce sujet. La république exemplaire lui tient à cœur, ses mains se positionnent, comme pendant la campagne, à angle droit (souci d’égalitarisme), les mains proposent le rassemblement (en se dirigeant vers les autres, pas en simulant le mot « à la Chirac »). Le plus marquant est le geste de victoire avorté en fin de déclaration. Hollande nous avait gratifié aux primaires socialistes d’un signe de victoire, bras levés, écartés, doigts dissociés, poignet flexible, arguant de transparence et flexibilité vers le changement. Le n°1 d’hier soir laisse ses bras choir à peine les bras ont-ils été tendus, il ne sait pas quoi faire de son corps dans l’espace, le geste est empesé. Le candidat normal est sous pression. Celle de celui qui a tout à gagner est sans doute plus grande que celle de celui qui n’a plus forcément grand chose à perdre. Lire son portrait gestuel de campagne.

Tag(s) : #Politique

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