francois hollande

 

L'ANALYSE


"Peu expressif et plutôt mécanique"

 

Dans le discours de Tulle annonçant sa candidature à la primaire, le geste est court, bas, fugitif, souvent figuratif : il accompagne le propos comme s’il mimait ce qu’il évoque (je veux rassembler, avançons ensemble, les socialistes doivent montrer la direction). Est-ce que François Hollande a accompagné sa cure d'amaigrissement de cours de gestuelle ? A en croire un livre d'actualité politique "2012 : les hommes de l'ombre" sorti récemment, il semblerait que oui, avec des comédiens. Et c'est là tout le drame. Car si la préparation mentale qui préside (si j'ose dire) à la cure lui permet de se sentir mieux à l'intérieur pour que cela se voie à l'extérieur, tout travail sur les gestes, les postures, la para-communication, même réalisé avec les meilleures intentions du monde dont il n'est pas permis de douter, porte en lui les germes de sa contre-productivité. Fabriquer des gestes, cela se voit, et celui qui cède à cette facile tentation est alors décodé par l'opinion publique comme... un menteur. Se référer à l'affaire DSK et notre analyse de son passage au 20h de TF1 avec Claire Chazal le mois dernier. Et puis de toute façon, quand on travaille les gestes, on travaille à peine 5% du langage corporel puisque tout le reste échappe à un contrôle conscient.

 

Dans les interventions de Hollande, la main droite s’agite souvent seule, signe qu’il est plus concentré sur le contenu du discours qu’en mode spontané. Plus sur la logique argumentaive, le contrôle du discours, l'élaboration d'une pensée qui se feit en parlant. Ou bien ce sont les mots qu'on esaie de retrouver. En interview, on peut même ne pas voir ses bras et ses mains bouger pendant un long moment, le langage corporel étant par ailleurs adossé à une rythmique vocale très hachée. Bref, absence de marqueur gestuel spécifique pour séduire et visage peu expressif. Hollande est pourtant un faux plat pays gestuel. Son enjeu : faire passer plus de spontanéité, ceux qui le pratiquent sur le terrain l’en savent capable. 

 

 

L'ENJEU

 

"Faire passer davantage de spontanéité"

 

La cure minceur du "corrézien" a-t-elle un impact sur sa gestuelle ? C'est la question que me posent souvent des journalistes. Il est encore trop tôt pour l'évaluer. Sans doute, l'image qu'il a désormais de lui a-t-elle fait bouger dans sa tête les lignes (si j'ose dire). Et c'est de ce rapport à son corps que va se propager dans un deuxième temps une plus grande fluidité et une plus perceptible spontanéité. Ou pas. Désormais, plus Hollande réfléchit à chaque pas, plus il peut glisser. D'autant que sa position de deuxième tour va devoir lui faire faire le grand écart pour rassembler et ne pas composer le masque de la synthèse qui lui colle déjà à  la peau (dixit Valls, ironique     dans le 2e débat) et qui pourrait le ramener à un personnage... synthétique.    L'autre risque à vouloir se la jouer grave (à ne pas prendre au sens des jeunes "se la jouer grave") c'est de se raffermir encore pour échapper à l'accusation déjà véhiculée d'etre une "gauche molle". La tentation de décocher une droite à sa compétitrice pourrait lui faire perdre un équilibre chèrement et chairement acquis. 


 

 

LA RECOMMANDATION

 

"Redevenir François Hollande"

 

Hollande s'est concocté un masque de statue du Commandeur, visible désormais dans toutes ses prises de parole. Solennité et gravité marquées par des froncements de sourcils, une bouche verrouillée et peu de clignements de paupières, sauf dans les acents mitterrandiens en meeting, comme par hasard, sans doute la résultante d'un phénomène d'introjection ; voila qui nous renseigne mi-consciemment sur ce personnage consciemment orchestré. Un personnage qui sonne comme Manuel Valls. Comme une présupposition que la gravité du clown triste permet de mieux revêtir l'habit présidentiel. Du coup, on observe un décalage entre le débonnaire, le sympathique, l'empathique, qui aime la province et le déguisement parisien face aux médias. Son modèle ne serait-il pas plutôt Chirac que Mitterrand finalement ? 

Autre chose semble nécessaire pour gagner en spontanéité : se dégager de ses fiches qu'il aime compulsivement consulter avant un débat et pendant un débat, comme Le Petit Journal de Canal+ de Yann Barthès, l'a épinglé lors des derniers échanges entre "impétrants" (oui je reprends ce terme montebourg-eois ?).

 

Je ferai enfin la même remarque que pour tant d'autres. Puisque vous vous intéressez à votre corps (régime et gestuelle), au lieu de fabriquer des gestes, analysez plutôt la façon dont vous êtes perçu par l'opinion publique, au-delà des mots, sans avoir à dépenser des fortunes pour des focus groupes ; et pensez à toutes les situations de débats politiques où faire de grands gestes mécaniques ne servira à rien, tandis que vous pourriez décoder le langage corporel de votre adversaire et mieux ajuster votre communication.

 

 LIRE EN COMPLÉMENT SUR FRANÇOIS HOLLANDE : Hollande aux mains qui chantent (l'égalité)

 

LIRE LE PORTRAIT GESTUEL DE MARTINE AUBRY.


RETROUVEZ MON PORTRAIT GESTUEL DES CANDIDATS DU PS AUX PRIMAIRES SUR LA MATINALE DE CANAL + DU MERCREDI 15 SEPTEMBRE 2011 AVANT LE PREMIER DÉBAT.

Tag(s) : #Politique

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