primaires citoyennes PS

 

Pour faire une bonne analyse synergologique d'un débat, il faut beaucoup d'interactions pour analyser les réactions, or, les commentateurs l'ont constaté, ce fut un débat poli, policé, lissé. Sans polémiques, pas de possibilité d'analyser comment les uns ou les autres régaissent au débotté.

On se penchera plutôt dans la comparaison entre leurs ritournelles corporelles, les observations habituellement constatées, et le contexte particulier du débat, pour voir s'il y a eu ou non changement de style.

Comment chacune et chacune a pu être perçu(e) par l'opinion publique ?

 

François Hollande

Il y a de façon générale chez lui peu de marqueur gestuel spécifique, un visage peu expressif, une main droite prépondérante, celle du contrôle du discours, de l'élaboration argumentative. Hier soir, la main droite devient omniprésente, les sourcils du favori des sondages sont crispés, tandis qu'ils sont d'ordinaire en accent circonflexe, des signes qui montrent une gravité, une solennité trop forcée. Ou une certaine tension, peut-être de celle qui le conduira à une relative arrogance avec Pujadas dans l'échange sur le nucléaire en fin de carte blanche. Sa sortie indignée sur les sujets éducatifs semble surjouée : les items de colère normalement présents ne sont pas tous visibles. La spontanéité qui fait l'un des atouts du candidat semble être sous contrôle. Preuve qu'il n'est jamais bon de se forcer dans un sens ou un autre.

 

Martine Aubry

La première secrétaire s'en tire haut la main. Au propre et au figuré. Ses gestes hauts (investissement intime dans son projet), les poignets ascendants (code de dominant), les deux mains participatives parallèlement, tandis qu'elles le sont souvent chez elle séquentiellement (fluidité du passage de la pensée à l'action), autant de signes qui montrent qu'elle est enfin entrée "dans le match de la primaire". "Je suis prête" a d'ailleurs été martelé en fin de présentation-minute et en conclusion du débat, le corps le confirme. Ses axes de tête sont plus souples que sur bien des prestations. Pourtant, la minute de démarrage la montrait crispée dans sa respiration, regardant les Français sur l'oeil droit (j'analyse, peu de détente, de recherche de lien), et la tête penchant à droite (stress et vigilance). Sans être encore détendue, sans doute a-t-elle mieux fait passer son message de crédibilité, désormais mieux intégré par elle mentalement.

 

Ségolène Royal

Notre "Madame sans gestes", toujours dans la "culture du contrôle" trébuche sur "l'escalier social" (l'ascenseur social ??), on observe un clignement de l'oeil gauche (émotion négative). Le front ne bouge pas tandis que le bas du visage s'agite ; c'est toujours la même observation chez elle : elle ne peut être décodée comme une communicante cohérente. Les gestes restent bas, contrôlés (les deux mains posées sur la table comme - mal - conseillée pour un entretien de recrutement), elle ne peut être décodée comme une bonne communicante tout court ; le bon communicant fait des gestes plus élevés. L'observation principale, c'est l'oeil gauche plus fermé et la partie gauche de la bouche qui tombe, tandis qu'elle sourit du côté droit : la partie droite (sociale) du visage montre la gaieté, la partie gauche (l'univers intérieur) projète une émotion négative, hypotonique, tournée vers soi (amertume). Y croit-elle encore ? Peut-être s'imaginer l'arbitre d'un hypothétique second tour aurait-il pu mieux la galvaniser...

 

Arnaud Montebourg

L'avocat adopte les codes inconscients de la séduction : plissements d'yeux involontaires, moues souriantes non contrôlées, souplesse du cou (des axes de tête), et surtout il montre son hémi-visage gauche fortement, la partie gauche du visage autrement dit est largement offerte à l'interlocuteur ; il va chercher les autres pour les faire entrer dans sa bulle, son univers personnel. Il a été ce soir égal à lui-même, on retrouve ces items régulièrement dans les échanges.


Manuel Valls

Sans doute, l'un des plus détendus ce soir de débat de primaires citoyennes par l'ensemble de sa communication non verbale. Lui, d'ordinaire, le sourcil froncé, les yeux plantés dans ceux de son interlocuteur, utilisant intensément sa main droite pour expliquer, défendre, convaincre, souriant peu malgré ses latines origines, le sourire inversé (à la Martine Aubry), témoignant d'une exigence et d'une certaine dureté dans les convictions, voila qu'il sourit davantage, que la main droite martèle moins l'espace pour le caresser, que les sourcils se détendent (tandis que d'autres les froncent à leur tour - voir Hollande). L'autre gagnant sur le terrain de la perception de la crédibilité, au travers de la lecture du langage non verbal.

 

Voir également l'analyse sur la communication non verbale des politiques socialistes lors de ce premier débat des primaires citoyennes sur le site du quotidien Le Parisien, vendredi 16 septembre 2011.


Tag(s) : #Politique

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