Les réactions corporelles du président font couler beaucoup de salive et d’encre. Il serait nerveux, bourré de tics, incapable de se contrôler. Et de fait, parce qu’ils offrent un livre ouvert pour le mieux saisir, les « tics » à Nico marquent *.

Le candidat de l’UMP appartient à la famille des expressifs. Le non-dit ou le contrôle qu’il veut parfois avoir de son discours sont par exemple très visibles sur sa bouche, laquelle peut difficilement faire l’objet d’un contrôle conscient, beaucoup de muscles se concentrant dans cette zone clé de notre visage. Il n’est pas avare non plus d’auto-contacts sur le visage, traduisant souvent une gêne, comme chez tout un chacun. Enfin on observe des codes de dominant : sourcil droit levé pour mettre l’interlocuteur ou le contexte à distance, index pointé, épaules souvent agitées.

 

Nicolas-Sarkozy 2012

 

Les mouvements d’épaules : être à la hauteur

Les épaules présidentielles ont d’ailleurs toujours fait couler beaucoup d’encre durant ce quinquennat ; quand elles « clignent », c’est tout l’être qui vibre, l’épaule droite surtout est associée à une volonté de performance, laquelle se trouve renforcée quand les deux épaules sont en mouvement dans le même sens. Cette gestualité  fréquente chez Sarkozy intervient quand il veut emmener l’autre dans « son » univers, c’est le manager qui veut convaincre. Cela ne préjuge pas du résultat, mais en dit long sur le volontarisme.

L’épaule gauche s'ébroue ? C’est la performance avec une notion de défi personnel. Ce n’est pas un hasard, lors de la déclaration de candidature, d’observer plus d’épaule gauche que de droite. Les épaules témoignent de son implication dans les choses, de sa volonté d’être à la hauteur. Les considérer comme des tics nerveux et lui demander de les contrôler est une ineptie contre-productive.

Sarkozy est souvent entouré de caméras dans ses déplacements. Certes, il se soucie peu en apparence de l’image qu’il renvoie. En apparence, seulement. Car l’appendice nasal présidentiel fait l’objet de nombreuses micro-démangeaisons. Le corps envoie en effet des influx nerveux compensateurs lorsqu’il y a un décalage entre la situation que l’on vit, que l’on voit et notre vie intérieure, la façon dont nous vivons la situation, dont nous l’intégrons émotionnellement. Le fait de gratter apaise la conscience, fait baisser la pression interne. Ainsi, le nez, c’est l’image. Le fait de se gratter les ailes du nez, même furtivement, sur son côté gauche, symbolise le rapport que le président entretient avec celle-là.

Notons au passage que le fait de se toucher le nez n’a qu’exceptionnellement un lien avec le fait de mentir, à l‘inverse de ce qu’une certaine littérature à voulu faire accroire.

Fabriquer des gestes, c’est fabriquer du mensonge

En revanche, avec toutes les meilleures intentions du monde, les entourages peuvent parfois avoir une influence aux mécanismes pervers. Ainsi en va-t-il des gestes figuratifs qui sont une marque de fabrique de Sarkozy, ce type de gestes l’aide à décrire la réalité, ils la figurent : "distorsions", "convergences", "dans un monde ouvert" se verront attribuer leur équivalent gestuel ; de même, que le pouvoir d’achat « s’effondre » ou que gouvernement lutte pour « réduire » les déficits publics, un geste ad hoc vient renforcer la démonstration verbale, du moins le croit-on. Y avoir recours trop souvent n’est pas la panacée, l’opinion publique décode comme un embobinage intellectuel - car apanage du menteur - cette configuration de mime dont le président – ou ses conseillers - sont friands. Ainsi, celui qui fabrique des gestes fabrique en réalité du mensonge, dans la perception que peut en avoir l’opinion publique.

Ce qui fait la force du président-candidat, indépendamment du fait qu'on l'aime ou pas, c’est qu'il ne cherche pas à contrôler son corps, et que, partant, étant plus lisible que d'autres, il est décodé comme plus sincère, alors que beaucoup d’autres sont consciemment ou malgré eux, à l’exception des idéologues Le Pen et Mélenchon, dans « la culture du contrôle ».

* Dans Ethique à Nicomaque, Aristote lie étroitement éthique et politique ; clin d’œil pour un président, chantre de la « république irréprochable ».

 

 RETROUVEZ LES PORTRAITS GESTUELS DE MARINE LE PEN, FRANÇOIS HOLLANDE, JEAN-LUC MÉLENCHON ET FRANÇOIS BAYROU SUR CE BLOG ET DANS LA REVUE DE PRESSE.

 

RÉCEMMENT DANS "THE GUARDIAN" ET "LE PARISIEN".

 

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