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La vue d'ensemble

D'emblée, le lieu semble inattendu. Pas d'intellectualisme mitterrandien avec une bibliothèque en toile de fond, pas de pose bonapartiste à la Sarkozy, mais le choix du jardin et d'une résidence dont seule la grandeur nous rappelle que le contexte n'est pas tout à fait normal.

Le corps semble pris légèrement en mouvement, symbole d'une présidence qui ne se passera pas sous les ors de la République mais dans le mouvement (en écho au changement, c'est maintenant), que précisément son prédécesseur voulait si bien incarner.

Un citoyen-photographe semble le héler et la bonhomie souriante su président Hollande nous suggère un homme d'écoute ne se dérobant pas à la demande de dialogue.

Les oriflammes français et européens ne sont pas omniprésents, le président semble "de passage" dans la maison France, que d'ailleurs il ne souhaite pas habiter, si ce n'est dans sa dimension symbolique.

 

La posture : la présidence tranquille

Les + :

Pendant la campagne présidentielle, François Hollande a montré beaucoup, parfois trop de contrôle, et relativement peu de spontanéité, c'est là sa "nature médiatique" ; affichant par ailleurs une image solennelle, parfois grave, un peu "statue du Commandeur", et quant à elle, forcée, moins liée à son tempérament avenant en cercle restreint. Comme s'il fallait laisser payer là un tribut pour entrer dans la fonction. Raymond Depardon à réussi à dégager le visage de François Hollande de ces deux écueils. Aucune tension ne se lit sur son visage.

Mieux encore, quand on divise son visage dans le sens de la longueur, le visage droit, la partie sociale montrée toutefois non consciemment aux autres, laisse entrevoir un sourire léger, c'est-à-dire, "posé" (pour l'objectif). En vis-à-vis de la partie sociale, la parie sociable : le visage gauche renvoie à soi, à l'intériorité, et nous montre un Hollande au naturel, au sourire décontracté, l'oeil souriant, la bouche esquissant d'ailleurs un sourire plus marqué de ce côté. C'est l'aspect le plus non consciemment réussi du cliché. Sur son affiche de campagne, où il fut souvent comparé à la Joconde, le visage droit semblait figé dans le marbre, tandis que le gauche dessinait un sourire de distanciation par rapport à l'exercice factice qu'on lui demandait.

 

Les - :

Le président présente chez Depardon davantage son hémivisage droit, ce qui du point de vue de celui qui regarde renforce l'impression que le président analyse la situation, voire l'analyse, lui, le spectateur. Sarkozy nous regardait avec son oeil gauche, créant davantage de liant. Le dur se faisait doux sous la férule involontaire du photographe, quand celui que ses détracteurs taxent de "mou" marque une certaine distanciation. Il émane aussi en positif du président une sereine détermination.

L'épaule droite (toujours par rapport à François Hollande) est mise en avant, cela pourrait suggérer une volonté d'aller de l'avant (du côté gauche, elle aurait montré un souhait plus grand de spontanéité). Ce n'est pas négatif en soi, mais par effet d'optique, le bras droit semble désarticulé, et les mauvais langues auront tôt fait d'y dénoncer un côté "bras cassé". Et surtout, compte tenu de la situation, les bras ne sont pas participatifs, on ne peut en effet suggérer le mouvement des membres inférieurs et bloquer les supérieurs. Tenir un objet (mais lequel ?) aurait pu être une solution intermédiaire. Chirac avait fait le choix de rendre altier et distant la fonction, mains dans le dos, tel le professeur ou le gendarme. Des bras qui renvoient à l'éternelle question que se posent dirigeants et politiques : que faire de ces symboles de l'action ? De ce point de vue, le photographe de la Une du Figaro Magazine avait pour Nicolas Sarkozy apporté la meilleure réponse possible.


En complément, lire mes propos et ceux d'un spécialiste de la communication sur le site internet d' Europe 1. 

Crédit photo © Raymond Depardon

Tag(s) : #Politique

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