Lundi 16 janvier dans la soirée, cinq candidats à la présidentielle et cinq représentants des candidats majeurs selon les sondages, étaient réunis sur le plateau de "Mots Croisés", émission animée par Yves Calvi sur France 2. A l'issue de cette confrontation qui n'avait pas la forme d'un débat mais de monologues successifs,  le vainqueur de la soirée est...

 

Le format de l ‘émission n’a pas permis hélas des interactions suffisamment fortes entre les participants et le journaliste. C’est en effet dans des conditions d’échanges polémiques que notre corps s’exprime le mieux et peut ainsi révéler par des expressions du visage (une langue qui sort, un œil qui cligne) ou des réactions subreptices (par exemple les mouvements d’épaule de Sarkozy) des émotions cachées, des non dits.


 

mot croisés

 

 

Les observations n’ont pas permis de dégager un grand gagnant. Du coup, ce sont les idéologues comme Nathalie Arthaud, au discours très radical, qui ont été les plus expressifs, avec des codes de communication agressifs : des gestes élevés au-dessus des épaules, la bouche tordue par la colère et le mépris, le corps en avant. Nicolas Dupont-Aignan, sur le registre de l’indignation, montre une volonté de précision (mains en pinces : l’index et le pouce se rejoignent en un cercle).

 

La surprise vient de Marielle de Sarnez (pour François Bayrou). Elle montre des gestes élevés dans la zone du thorax, les deux mains participatives, sans autocontacts, le corps en avant tout sourire, des plissements d’yeux : des codes de séduction et de dominance réunis.


 

Le téléspectateur décode subconsciemment et de mieux en mieux les politiques

 

On voit se dessiner des familles gestuelles en fonction des émotions qui traversent les politiques. Les conquérants, comme Marielle de Sarnez (Franceçois Bayrou), Nicolas Dupont-Aignant, Nathalie Arthaud, Jean-Marc Ayraud (François Hollande), montrent des gestes élevés, une main droite prédominante (qui argumente), la tête se lève plus souvent, le corps s’avance. A noter que la représentante de Bayrou montre également beaucoup sa main gauche, celle de la spontanéité et de l’implication personnelle.

Les vigilants sont en retrait : Jacques Cheminade, Philippe Poutou, Eva Joly (beaucoup plus de spontanéité, de main gauche que d’ordinaire), Florian Philippot (Marine Le Pen). Leur tête penche majoritairement vers l’avant, et souvent vers la droite, la gestuelle est basse, les épaules en tension, la langue sort souvent car les propos sont tenus en contexte difficile.

Enfin, les séducteurs, comme Nathalie Kociusko-Morizet et François Delapierre, clignent plus fréquemment des yeux (parfois aussi à cause du stress de performance), présentent davantage la partie gauche de leur visage, créant du lien, leur tête penche à gauche et marque de l’empathie.

Tout cela est décodé subconsciemment par le téléspectateur. Mais tout le monde n’a pas la même capacité à décoder. Toutefois, à l’échelle de millions de téléspectateurs, ce langage corporel a un impact non mesurable, mais un impact tout de même. 

 

Le travail sur la gestuelle et son impact sont fantasmés

 

En réalité, 95% du langage corporel ne peut pas faire l’objet d’un contrôle conscient. Les mouvements de lèvres qui rentrent dans la bouche, les clignements de paupières, le fait de se gratter lorsqu’on est gêné, tout cela sort de nous malgré nous.

 

Quand les politiques travaillent, ils ne peuvent travailler que les mouvements des mains et des bras, vulgairement les gestes, une part infime de notre langage corporel. Et encore, l’opinion publique les comprend subconsciemment de plus en plus car on est désormais habitués à avoir les gestes de chacun en tête. Chacun peut repérer plus facilement que par le passé lorsque Sarkozy en fait trop pour mimer les choses, croyant impacter plus, ou quand Hollande singe François Mitterrand notamment avec un geste du moulinet de la main. En réalité celui qui fabrique des gestes fabrique du mensonge.

 

Un politique doit se pencher sur deux choses. Analyser la façon dont il est perçu par l’analyse de son langage naturel lorsqu’il prépare une émission. Elle renseigne sur la façon dont il intègre émotionnellement le message qu’il porte. Et il doit se soucier davantage de son interlocuteur pour percer ses non dits, ses incohérences, l’impact de son message sur lui, afin de mieux identifier les faiblesses de l’autre et interagir au mieux.


 

Stephen Bunard est coach en communication et synergologue (spécialiste du langage corporel).

Le suivre sur twitter : https://twitter.com/synergologue

 

 

 

 

 

Tag(s) : #Politique

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