Cet article a été publié par Les Echos Le Cercle.

Ce n’était pas un compte imaginaire. Jérôme Cahuzac a finalement avoué détenir de l’argent dans une banque helvétique. Un acte de repentance suffisamment rare en France mais qui ne suffira pas à restaurer l’image désastreuse des politiques aux yeux de l’opinion publique. Le corps dit toujours la vérité, lui. Rétrospective.

 

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« Cahuzac : le mensonge » pour Les Echos. « Indigne » pour Libération. « Je demande pardon… » pour 20 Minutes. Tout de même, quel formidable aplomb ce Cahuzac, dont les exploits mensongers pas si facilement détectables devraient contribuer à tordre enfin le cou à une croyance si communément répandue : le menteur a systématiquement le regard fuyant.

 

Bel aplomb 

Dans une vidéo avec Jean-Jacques Bourdin, dès le début, et tout du long, Cahuzac ne vacille pas. Cahuzac ne cille pas. Des yeux. Ou guère. Ce phénomène de focalisation du regard est typique de celui ou celle qui veut vérifier sur l'interlocuteur l'effet de son mensonge. A l'affût de tout signe qui lui permettra de voir que l'autre a bien gobé. Tous les menteurs ne se dérobent pas au regard d'autrui. Loin s'en faut. Les plus "conquérants" d'entre eux prennent un malin plaisir à faire non consciemment tout l'inverse.

Ce sont les clignements de paupières qui sont souvent moins regardés qui attirent l'attention des synergologues. Trop nombreux, au-delà d'un clignement toutes les cinq/six secondes, ils peuvent signer un stress (ils sont alors psycho-affectifs). Trop peu nombreux, ils peuvent signaler une concentration extrême, laquelle est l'apanage du menteur qui fournit des efforts cognitifs. C'est l'observation que l'on peut faire chez Cahuzac.

"Aujourd'hui celui que vous invitez, c'est le ministre du budget." se conclut par une moue de honte. L'expression est furtive. Une part de lui ne s'assume pas dans ce poste où il est supposé être exemplaire."Qui plante la vertu doit l'arroser souvent." dixit Confucius. A ce sujet, la gauche est toujours plus desservie que la droite au nom d'une république exemplaire affichée en bandoulière. 

 

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Le ministre du budget arbore même un grand sourire quand le journaliste lui pose une question : "les yeux dans les yeux..." Cette demande presque maladroite de Bourdin, pourtant excellent interviewer, sonne comme un appel à la provocation ; cela peut même en général fortifier le menteur au bel aplomb, plutôt que le déstabiliser.

 

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Le verbal vaut également le coup d’oeil si l'on ose dire. « Depuis le début, c’est moi qui dit la vérité. » nous dit Cahuzac chez Bourdin quand un « depuis le début, je dis la vérité » eût été bien plus convaincant. Par ailleurs, ici et là, au fil des prises de parole, on constate beaucoup de répétitions, c'est une caractéristique verbale chez celui qui veut nous faire croire des choses. "Quelle conclusion tirez-vous ? " lance le ministre mis en cause, ce qui confime chez Cahuzac un don pour ne pas dire un goût certain pour la manipulation.Son attitude n'est d'ailleurs pas sans similitudes avec celles de lance Armstrong.

Face à Jean-Jacques Bourdin, qui aime plus que quiconque à débusquer les falsificateurs et approximateurs de tout poil, comme il le montra pendant la campagne présidentielle, Cahuzac dut sentir décupler son plaisir à mentir. Car le profil psychologique de l'homme laisse bien penser qu'il faut une conscience de soi bien charpentée pour ne pas (va)ciller en mentant. Ce qui amène Hervé Brusini, patron de FranceTVinfo à faire référence à l'art du mensonge politique en citant  Jonathan Swift : "le penchant de l'âme vers la malice est un effet de l'amour-propre." Et qui explique bien en quoi certains menteurs peuvent nous paraître si convaincants.

 

"Les yeux dans les yeux" : ça suffit !

Mardi soir, David Pujadas a demandé au premier ministre Jean-Marc Ayrault, tendu, clignant fort des yeux et relevant souvent la tête, "les yeux dans les yeux" s'il était au courant pour Cahuzac. On vient d'évoquer Bourdin faire le même coup à l'ex-ministre du budget. Lequel avait juré à Hollande "les yeux dans les yeux" qu'il n'avait rien à se reprocher, lit-on dans Le Parisien. Tandis qu'une vidéo fait le buzz sur les réseaux sociaux avec le socialiste Gérard Filoche, lui aussi tendu, et très ému de tristesse (la bouche s'étirant vers le bas) de voir le "chef du budget qui ment les yeux dans les yeux". 

Avant eux, Eric Woerth répondant à Laurence Ferrari sur son implication dans l'affaire Bettencourt s'était défendu en lui déclarant "je n'ai jamais menti sur rien" et je vous le dis "en vous regardant dans les yeux". Et encore avant, François Mitterrand s'opposant à Jacques Chirac lors d'un débat télévisé en 1988 avait expérimenté la chose. "Dans les yeux, je la conteste" sous-entendu votre version des faits. 

Le changement de disque, c'est maintenant ?. De grâce, journalistes et politiques, laissez les yeux tranquilles, et surveillez les bouches, elles livrent beaucoup plus d'informations car elles peuvent difficilement faire l'objet d'un contrôle conscient eu égard aux nombreux muscles qui l'entourent.

En définitive, ce mardi, pour Cahuzac, roi de l'implant capillaire, le postiche est tombé.

 

A quoi bon se pencher sur ce que ses gestes révélaient à préent que la messe est dite ?

Pour trois raisons :

- déontologiques : les synergologues ne savent pas commenter une affaire judiciare en cours (pour l'affaire Amrstrong, même topo) ; et, par ailleurs, n'est-ce pas aux enquêteurs, policiers, magistrats d'être sensibilisés à cette discipline afin d'optimiser leur travail de recherche, d'analyse et d'interrogatoire ? 

- scientifiques : l'astronomie pas plus que la médecine ne sont des sciences exactes, la synergologie n'échappe pas à cette règle d'humilité, c'est ce qui fait d'ailleurs sa force, elle est réfutable  (chacun peut amener potentiellement la preuve inverse de ce que nous avançons, tandis que chaque item ets validé par des milliers de vidéos, en-dessous de 80% de vidéos validantes, l'item tombe), nous avançons au mieux un faisceau d'indices qui peut aider à mieux questionner et mieux interagir,

- juridiques : l'expertise de la communication non verbale, c'est valable aussi pour l'IRM, n'est pas encore reconnue officiellement, même si les lignes bougent au Canada par exemple.

A cela s'en ajoute une quatrième, Cahuzac est un excellent menteur pour des raisons qui tiennent essentiellement à sa psychologie et partiellement au contexte (point de non retour du mensonge, contexte de république irréprochable, sentiment d'impunité, sentiment de toute puissance...) et la lecture de son mensonge en est rendue plus difficile. Et nous ne pouvons commenter que les images que nous voyons, par définition, celles des médias où il est sous contrôle et où les interactions sont souvient si policées (nous ferons un sort sous peu au sirupeux "les yeux dans les yeux") que le menteur bien préparé ne va pas livrer beaucoup d'informations. Sauf si le questionneur est préparé, mais c'est une autre histoire :).

 

Tag(s) : #Politique

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