Doublement polie fut cette prestation tant attendue. Poli parce que l'interview était complaisant et les questions amenées avec la légendaire douceur de Claire Chazal. Poli comme une pierre par le silex parce que tout respire l'ultra préparé ; dans ces conditions où sont les interactions fortes qui vont permettre de voir peut-tre se libérer des émotions fortes ? Où peut-on lire dès lors de la colère, de la surprise, de la honte ?

C'est la limite de ce type d'exercice, à trop préparer, on en tue la spontanéité, seul moyen de montrer sa sincérité. Trop préparer est donc contre-productif dans l'intéret meme de la personne. On peut bien astiquer les mots, certes. Mais le regard de DSK, souvent en bas sur la droite, signifie qu'il fabrique du ressenti pour le calquer sur les mots pré-conçus. Donc meme s'il y a sincérité au fond, cela ne laisse pas de place pour qu'elle s'exprime et soit décodée comme telle par l'opinion publique. 
Ce qui saute aux yeux, c'est donc le seul polissage du polisson.

Pour aller dans le meme sens, les moments-clés sont forcés. Le dégout qu'il ressent en lisant son portrait dans les médias, les moments de réflexion qu'il veut montrer par une moue étudiée ou des silences pesants. Une micro-expression dure moins de 1/5e de seconde. Quand elle dure trop longtemps, on doit s'interroger sur les raisons qui font que l'autre nous montre consciemment le sentiment qu'il éprouve... CQFD.

En plus dans l'échange, l'utilisation de la main droite est prépondérante sur la main gauche (de la spontanéité), il utilise davantage cette dernière d'ordinaire (voir notre analyse du langage corporel de DSK lors de sa prestation sur France 2 en février 2011). Il y a donc davantage de souci d'argumenter que d'être dans le lien. C'est plus : -voici ma défense préparée- que -je suis ouvert à tout dire-. Il ne parle pas "avec son coeur" mais avec sa tête, il cherche à retrouver les mots et à coller les émotions qui vont avec plutôt qu'être dans le sentiment et laisser venir les mots.

Et puis il y a ce rapport qu'il montre à tout bout de champ (on parle du rapport du procureur, sur la nature des autres, bouche cousue). Un geste préparé, conscient, proposé comme devant être le geste symbolique montrant l'homme déterminé et blanchi de tout. Ce sera trop souvent pour ne pas donner un effet "bouée", grand classique des gestes de préhension en synergologie.

Le contexte était toutefois donné dès la présentation par Chazal au début du journal, la configuration de ses axes de tete montrait de la vigilance (ce qu'on peut comprendre) mais aussi, DSK regardant avec l'oeil droit (axe rotatif droit et présentation de son hémivisage droit) le souci d'analyser les choses, deux éléments marqueurs d'une situation forte de controle.

Quelques moments de vérité :

content-de-pouvoir-m-exprimer-0055.jpg
00'55 : "je suis content de pouvoir m'exprimer"

jai-eu-tres-peur-sentiment-0750.jpg
07'50 : "j'ai eu très peur"...

faute-morale.jpg
"c'est une faute morale"... la langue se sauve toutefois dans le discours, ce qui montre la préparation des fameux "éléments de langage" ; mais les yeux se ferment, une partie de lui est sincère, il y a là conflit intérieur.

Un moment-clé trop léché :

dsk-non-verbal-langage-corporel.jpg

L'intégrale de l'interview :

Tag(s) : #Politique

Partager cet article

Repost 0