L’exercice de contrition est la nouvelle mode des franchisseurs de ligne blanche, de ceux qui aiment palper, DSK pour le sexe, Armstrong pour la drogue, Cahuzac pour l’argent. Le premier, mauvais acteur, sentit l’artifice à plein nez, le deuxième fut acculé à la sincérité, quid de celui qui affronta si souvent le regard des autres pour tirer un plaisir encore plus grand de ses mensonges ?

En résumé, la paupière gauche tombante de Cahuzac montre un homme vraiment abattu et usé émotionnellement par ce qu’il a vécu depuis quelques semaines. C’est la marque d’une fatigue au long cours. Plusieurs moues peu marquées laissent infuser une tristesse qui ne se calcule pas. Mais des parts d’ombre subsistent lors de l’interview, elles donnent envie de le questionner davantage, pour découvrir quelle est la part de vérité, quelle est sa part de vérité.

Un homme vraiment abattu

Un signe qui ne trompe pas : l’apparition d'une paupière gauche tombante lorsqu’on est très touché émotionnellement, ça ne s'invente pas, même ses communicants n'ont pas la capacité à lui alourdir la paupière (et de toute façon ils sont à mille lieux de savoir le sens que cela peut avoir). Le meilleur conseil qu’on a du lui donner, c’est de se contrôler. Ce qui est le meilleur moyen de fabriquer un menteur dans la perception que peut en avoir l’opinion publique. Le drame de la culture du contrôle. On le constate d’ailleurs, peu de gestes, présence majorée de la main droite (peu de spontanéité donc) et peu de sourcils en mouvements, la tête très souvent penchée vers l'avant, bref, une position basse. Mais ce n’est à pas ces derniers éléments qui fabriquent un homme en stress consciemment qu’on apprécie son stress, mais bien à ce qui est renvoyé à notre non-conscient, tout est dans la paupière.

cahuzac paupière gauche

Une tristesse authentique

Sur le chapitre de la « faute morale », l’ex ministre montre de la honte quand il la « reconnaît », configuration de la bouche identique à celle observée quand il était à l’acmé de sa gloire et se défendait chez Jean-Jacques Bourdin de tout manquement à la règle. Son placement gestuel positionne à droite (hors de sa bulle personnelle) ceux « qui ne voient que la faute morale ». Il éprouve particulièrement de la tristesse de quitter son mandat dans les conséquences locales que cela peut avoir, notamment à cause des gens « avec qui j'ai travaillé et que j'ai déçus ». La tristesse est montrée encore par la bouche à d’autres moments : les réactions contre lui, était-ce de la violence ? « Mon jugement je le garde pour moi », c’est une « situation malsaine ».

La tension monte sur certains sujets

Sa décision de démissionner de son mandat de député est décidée à contre cœur. « J'ai pris ma décision », la commissure gauche de la bouche remonte marquant de l’agacement contenu. « La vie politique a du sens si on est élu, ne l'étant plus… ». Ces propos sont assortis d’une sortie très rapide de la langue vers l’avant (syndrome de la langue de vipère), c’est un signe de tension, qui indique clairement que démissionner n’est pas son choix. On retrouve ce mouvement de langue furtif lors des mots « acharnement », « levée de l'anonymat », « contradictions internes en moi que je ne supporte plus ». Ce dernier attestant d’une relative sincérité sur le propos. Ce qui nous indique au passage à quel point le contexte et l’analyse complémentaire du verbal sont utiles car dans des contextes différents, les horizons de sens divergent sur un même signe.

Cahuzac nous montre des signes très cohérents sur la question existentielle, le suicide a pu le traverser, mais il envisage vraiment de se battre. La direction du regard successivement en bas à gauche et en bas à droite (« j’ai de l’ambition, je ne l’ai jamais caché »), il se projette dans l’avenir) indiquent qu’il a une bonne capacité de rebond et de résilience. 

Le seul moment où il ne montre pas de tristesse, c’est précisément quand il annonce en éprouver, lorsqu’il évoque qu’une « page se tourne », faisant allusion à son retrait définitif de la vie politique, à la différence de tous ceux qui ont infligé leur retour à un moment ou un autre après des affaires. C’est parce que l’occasion pourrait être trop belle à ce moment-là de singer la tristesse, et qu’il ne le fait pas pour l’appuyer, que l’on peut déduire que celle qu’il montre en d’autres occasion est sincère, alors même qu’il ne dit rien pour la suggérer.

Ces deux derniers signes laissent planer comme très probable son retour en politique, un jour ou l’autre, en tout cas, c’est ce qu’il a en tête, ici et maintenant.

Les moments où investiguer s’impose

Cahuzac plaide la « folle bêtise », l’irrationnel sur un mode très rationnel et surtout avec des signes qui marque un retour à l’identique avec ses attitudes en interview exception faite de la moue de la honte précédemment évoquée. Le reste du tableau est là : tête relevée (arrogance), focalisation du regard (menteur conquérant qui croise le regard comme le fer et qui en est stimulé), peu de clignements de paupières (effort cognitif du non dit), sourire (élément de manipulation dans son registre psychologique). L’élément de langage est grâce à l’analyse gestuelle facilement débusqué.

« Je n'aurais pas du avoir des ambitions sans supprimer ma part d'ombre » montre une langue de délectation, le manipultaur continue son jeu. Le regret n’exclue pas, comme chez Armstrong, qu’une part de lui se régale même non consciemment de la période où il mentait.

Même tableau sur « j'ai oublié cette affaire à force de l'occulter », sur sa relation avec Hollande et ses excuses moyennement crédibles, plus sincère avec Ayrault à qui il en veut quand même et pour lequel il doit avoir davantage de respect.

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Sur la relation avec les laboratoires apparaît un rictus de perte de contrôle, dérivé de la peur. Tout en affichant une grande cohérence sur le caractère légal. Enfin le montant des 15 millions et la provenance des rumeurs sont deux aspects à approfondir. Il serait hâtif, dangereux et peu déontologique d’en tirer une conclusion. Plus le sujet devient un enjeu de tension, plus les émotions peuvent brouiller celui qui ne compterait que sur elles pour connaître le vrai. Pour connaître la vérité, comme pour aider quelqu’un à se défendre, investiguer sur les zones d’ombre et dénouer les fils complexes du non dit, qui ne se résume pas au mensonge, est l’ultime intérêt de la synergologie comme outil de guidage de l’interaction saine, pour le journaliste, l’avocat ou l’enquêteur.


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