Hollande le vigilant devait laisser la place à François le spontané et Sarkozy le surexpressif à Nicolas le pédagogue. Tous les deux devaient remplir un contrat autour de la gestion émotionnelle, l'un devant montrer qu'il en éprouve, s'autorisant à sortir de ses attitudes de contrôle, l'autre devant montrer qu'il sait les gérer, se montrant capable de domestiquer son tumulte intérieur.

Sarkozy, fidèle à lui-même, a montré ses codes de séduction habituels (épaules dynamiques, regardant l'autre - rarement - de l'oeil gauche, des sourcils expressifs) et de dominant (microtractions de la veste : j'entre dans le match et ça va saigner, doigt pointé et tendu, sourcil droit mettant l'autre à distance) mais de nombreux rictus de perte de contrôle et l'agressivité de certaines lèvres de chien (la lèvre supérieure droite remonte) l'ont montré entre agressivité et défensive dans le dernier tiers du débat. De plus, quelques signes de colère et de dégoût visible par les plissures rapides du nez, indique que les émotions le submergent.

Une énergie globalement positive mais pas forcément décodée par l'opinion comme suffisamment forte pour retourner la tendance à son avantage, condmané qu'il était à s'imposer nettement sur son adversaire socialiste pour espérer l'emporter.

Sarkozy est par ailleurs celui qui cligne le plus des yeux, semblant plus présent au débat ; certains spécialistes y verraient la marque du vainqueur d'un débat voire d'une élection. Réponse dimanche 6 mai. Toutefois, les tendances semblent confirmer la victoire de François Hollande sans doute perçu subconsciemment comme le vainqueur à l'arrachée car plus inattendu dans son langage corporel.

 

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Hollande en effet est apparu plus spontané que d'ordinaire. Ses deux mains plus participatives que ce que nous observons habituellement, le corps droit, en avant, le regard dominateur, sourcil froncé, plongeant ses yeux dans l'adversaire quand l'autre prend plus souvent les journalistes consciemment à parti (stratégie similaire en 2007 avec Ségolène Royal).

Même si ce François le spontané est redevenu François Hollande le vigilant, contrôlé pendant son anaphore "Moi président de la République..." (répété 16 fois) : corps se figeant, regard extérieur à la recherche d'un discours fabriqué, main droite agissant seule, clignements de paupières "en grappes" affichant un stress de performance.

 

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"Vous êtes un petit calomniateur" (Nicolas Sarkozy s'adressant à François Hollande)

 

Un duel de bouches

Mais c'est surtout la multiplication des langues de vipère (la langue sort rapidement vers l'avant) qui nous renseigne sur l'esprit de Hollande qui tacle ainsi régulièrement et de façon non-consciente son adversaire UMP. Comme le précise mon excellent confrère Philippe Turchet, la langue sort aussi quelques fois "en délectation" (vitesse plus lente, configuration d'expressions différentes, contexte verbal différent) et montre la satisfaction intérieure du socialiste dans les propos qu'il tient. Toutefois, par tempérament ou par manque d'envie, il ne va pas jusqu'au bout de ses attaques, peut-être par peur aussi de faire un faux pas, les lèvres rentrent souvent dans la bouche en fin de phrase marquant la maîtrise qu'on veut garder de son discours. La langue, elle, remplit ainsi une double fonction au bénéfice d'une même idée, Hollande est conscient de sa domination et de faire le poids. Sans doute les téléspectateurs les plus indécis l'attendaient-ils sur ce point. Il multiplie les codes d'attaquant.

 

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"Vous aurez du mal à passer pour une victime." (François Hollande s'adressant à Nicolas Sarkozy)

 

Cela dit, l'un n'a pas dominé nettement l'autre sur le plan émotionnel et coproel, la langue de vipère de l'un et la lèvre de chien de l'autre, étant les signatures de leur manque d'estime réciproque, de la tension permanente si bien sentie et relayée dans les médias ; un Hollande plus dominateur n'en fait pas un dominant, mais le match nul ne profite que rarement au challenger.

 

Relire le portrait gestuel de François Hollande et de Nicolas Sarkozy.

 

 

Pour aller plus loin, voir mes principales interventions dans les médias entre le mercredi 2 mai après-débat et le jeudi 3 mai :

Europe 1 : le Grand direct des médias (Morandini)

Le JT de 13 heures d'Elise Lucet sur France 2

Le Grand Journal de Michel Denisot sur Canal+

Et aussi sur iTélé, La Libre Belgique, la Tribune de Genève, l'Internaute, la matinale d'Europe 1, Direct 8 (Morandini), europe1.fr et... la ZDF.

Rendez-vous lundi 7 mai sur Europe 1 dans le "Grand direct des médias" avec Jean-Marc Morandini et Bastien Millot pour l'analyse des résultats et des interventions de dimanche soir.

 

Tag(s) : #Politique

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